# Comment compte les trimestres en maladie pour la retraite ?

Les arrêts maladie constituent une réalité incontournable dans la vie professionnelle de nombreux salariés français. Face à une maladie, un accident ou une incapacité temporaire, la question de l’impact sur les droits à la retraite devient rapidement préoccupante. Près de 40% des assurés sociaux connaissent au moins un arrêt de travail prolongé au cours de leur carrière, générant naturellement des inquiétudes quant à la préservation de leurs droits futurs. Fort heureusement, le système français de protection sociale prévoit des mécanismes spécifiques pour que ces périodes d’inactivité forcée ne pénalisent pas outre mesure votre future pension. Comprendre précisément comment se comptabilisent les trimestres pendant vos arrêts maladie vous permettra d’anticiper sereinement votre départ en retraite et d’éviter les mauvaises surprises lors de la liquidation de vos droits.

Le dispositif réglementaire de validation des trimestres pendant les arrêts maladie

Le système français de retraite repose sur un principe solidaire fondamental : les périodes d’interruption involontaire d’activité ne doivent pas anéantir vos droits à pension. Cette philosophie se traduit concrètement par l’existence des trimestres assimilés, un mécanisme qui vous permet de valider des périodes pour votre retraite même en l’absence de cotisations effectives. Ce dispositif trouve son fondement dans le Code de la Sécurité sociale, qui encadre précisément les conditions et modalités de cette validation.

Les conditions d’affiliation à la sécurité sociale pour le décompte des trimestres

Pour bénéficier de la validation de trimestres pendant vos arrêts maladie, vous devez impérativement être affilié au régime général de la Sécurité sociale ou à un régime aligné. Cette affiliation doit être effective au moment de votre arrêt de travail. Les travailleurs indépendants, les salariés du secteur privé et certains agents contractuels de la fonction publique relèvent de ce dispositif. L’affiliation préalable garantit que vous aviez bien constitué des droits avant l’interruption d’activité, condition sine qua non pour prétendre à la validation de périodes assimilées.

Le calcul du salaire annuel moyen et le seuil de validation trimestrielle en maladie

La validation des trimestres pendant un arrêt maladie obéit à une règle arithmétique simple mais essentielle : vous validez un trimestre pour chaque période de 60 jours d’indemnisation par votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Cette règle s’applique quelle que soit la nature de votre pathologie, qu’il s’agisse d’une maladie ordinaire, d’une affection de longue durée ou d’un accident de la vie courante. Concrètement, si vous percevez des indemnités journalières pendant 180 jours au cours d’une année civile, vous validez automatiquement trois trimestres pour cette année, sans que ces périodes ne génèrent de cotisations effectives.

Le plafonnement annuel demeure cependant incontournable : vous ne pouvez jamais valider plus de quatre trimestres par année civile, toutes périodes confondues. Si vous cumulez des périodes travaillées et des arrêts maladie au cours d’une même année, le total des trimestres validés ne peut excéder ce maximum réglementaire. Cette limitation préserve l’équilibre du système tout en garantissant une protection substantielle.

La différence entre trimestres cotisés et trimestres assimilés pour l’arrêt m

maldie

La notion de trimestre assimilé est centrale pour comprendre comment sont pris en compte vos arrêts maladie pour la retraite. Un trimestre cotisé correspond à une période durant laquelle vous avez perçu un salaire soumis à cotisations vieillesse, au-delà d’un certain seuil. À l’inverse, un trimestre assimilé est validé sans versement de cotisations, sur la base de votre situation (maladie, chômage, maternité, invalidité, etc.).

Ces trimestres assimilés comptent pleinement dans votre durée d’assurance pour la retraite de base : ils vous aident à atteindre le nombre de trimestres requis pour le taux plein, ou pour ouvrir certains droits (carrière longue, retraite anticipée pour handicap, etc.). En revanche, ils n’entrent pas dans le calcul de votre salaire annuel moyen (SAM), déterminé uniquement à partir de vos années de revenus cotisés. Autrement dit, un arrêt maladie prolongé peut vous permettre de valider des trimestres sans pénaliser votre durée d’assurance, mais il ne génère pas de salaire de référence supplémentaire pour le calcul du montant de la pension.

On peut comparer cela à un compteur kilométrique : les trimestres cotisés et assimilés font tous avancer la distance totale (votre durée d’assurance), mais seuls les trimestres cotisés déterminent la « vitesse moyenne » de vos revenus sur vos meilleures années. C’est pourquoi, même si vous ne « perdez » pas de trimestres en cas de maladie, votre retraite peut être légèrement plus faible que si vous aviez travaillé et cotisé sur des salaires élevés pendant la même période.

Les indemnités journalières de la CPAM comme base de calcul des droits à la retraite

Pendant un arrêt maladie, ce ne sont plus vos salaires qui vous sont versés, mais des indemnités journalières (IJ) par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Ces indemnités journalières remplacent votre revenu d’activité, mais elles ne sont pas soumises à cotisations vieillesse. En conséquence, elles ne génèrent pas de droits directs au titre de la retraite de base en termes de revenus pris en compte pour le SAM.

En revanche, ces IJ servent de référence pour la validation des trimestres assimilés. Dès lors que vous percevez des indemnités journalières pendant au moins 60 jours, un trimestre est validé pour votre retraite, dans la limite de 4 par an. L’Assurance Maladie transmet automatiquement ces informations à votre caisse de retraite (CNAV ou CARSAT) afin que les périodes correspondantes apparaissent comme trimestres assimilés sur votre relevé de carrière.

Pour la retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO pour les salariés du privé), les indemnités journalières jouent également un rôle : elles ouvrent droit, sous conditions, à l’attribution de points gratuits, calculés par référence aux points acquis l’année précédente. Là encore, vous ne cotisez pas réellement sur ces indemnités, mais le système reconstitue une acquisition de points pour éviter une rupture trop brutale de vos droits. C’est un peu comme si l’on « prolongeait » artificiellement votre situation de l’année précédente pour atténuer l’impact de l’arrêt de travail.

Les périodes d’arrêt maladie ouvrant droit à validation de trimestres retraite

Toutes les périodes d’arrêt maladie ne se ressemblent pas, et leur prise en compte pour la retraite peut varier selon la nature de l’arrêt et la prestation perçue. Il est donc essentiel de distinguer les arrêts maladie ordinaires, les affections de longue durée (ALD), l’invalidité ou encore les accidents du travail et maladies professionnelles. Vous vous demandez sans doute : « Est-ce que mon type d’arrêt est bien pris en compte pour mes trimestres ? » Décortiquons ces différentes situations.

Les arrêts maladie ordinaires et leur impact sur l’acquisition de trimestres

Les arrêts pour maladie ordinaire (grippe sévère, opération, pathologie ponctuelle, etc.) sont les plus fréquents. Dès lors que votre arrêt donne lieu au versement d’indemnités journalières par la CPAM, vous commencez à acquérir des trimestres assimilés. La règle est toujours la même : un trimestre pour 60 jours indemnisés, consécutifs ou non, avec un maximum de 4 trimestres par année civile.

Concrètement, un arrêt de travail de 2 mois indemnisé vous permet de valider un trimestre, 4 mois donnent droit à 2 trimestres, 6 mois à 3 trimestres, et 8 mois ou plus à 4 trimestres sur l’année. Si vous travaillez une partie de l’année et êtes en arrêt le reste du temps, vos trimestres cotisés et assimilés se cumulent, sans jamais dépasser 4 au total. Ainsi, un salarié ayant travaillé 6 mois (valide 2 trimestres cotisés) puis étant en arrêt 6 mois indemnisés (valide 3 trimestres assimilés) ne pourra voir que 4 trimestres au maximum retenus pour l’année.

Il est important de noter que les congés maladie ordinaires de courte durée, ne donnant pas lieu à indemnités journalières (car pris en charge uniquement par l’employeur, ou inférieurs au délai de carence), ne valident pas de trimestres spécifiques. Dans ce cas, ce sont vos salaires habituels qui, s’ils dépassent le seuil trimestriel, assurent la validation des trimestres. Autrement dit, tant que votre rémunération reste suffisante, un arrêt court n’a en pratique aucune incidence sur votre retraite de base.

Les affections de longue durée (ALD) et le décompte spécifique des trimestres

Les affections de longue durée (ALD) concernent des pathologies graves et/ou chroniques (cancer, diabète compliqué, insuffisance cardiaque sévère, etc.) prises en charge à 100 % par l’Assurance Maladie sur la base du tarif de la Sécurité sociale. Lorsqu’une ALD entraîne un arrêt de travail prolongé, le principe de validation des trimestres reste identique : un trimestre tous les 60 jours d’indemnités journalières, dans la limite de 4 par an.

L’intérêt principal de la reconnaissance en ALD tient plutôt à la durée potentielle de l’arrêt et à la continuité de l’indemnisation. Sur plusieurs années, vous pouvez ainsi valider des trimestres de manière quasi ininterrompue, ce qui évite une chute drastique de votre durée d’assurance. Pour beaucoup d’assurés, c’est ce qui permet de continuer à « engranger » des trimestres retraite malgré une incapacité de longue durée à exercer une activité professionnelle.

Attention toutefois : si vous êtes en ALD mais que vous ne percevez plus d’indemnités journalières (passage en invalidité, reprise de travail à temps partiel thérapeutique non indemnisé, etc.), le décompte des trimestres au titre de la maladie s’arrête. D’autres dispositifs peuvent alors prendre le relais (pension d’invalidité, rente AT/MP, etc.), avec leurs propres règles de validation de trimestres. Il est donc crucial d’anticiper avec votre médecin et votre caisse d’Assurance Maladie la suite de votre parcours pour éviter les « trous » dans vos droits.

L’invalidité de catégorie 1, 2 et 3 dans le calcul des droits à pension

Lorsque votre état de santé ne permet plus une reprise d’activité normale, la Sécurité sociale peut vous attribuer une pension d’invalidité. Celle-ci est classée en trois catégories : 1 (capacité de travail réduite mais possible), 2 (incapacité absolue d’exercer une activité professionnelle) et 3 (invalidité avec besoin d’une tierce personne). Sur le plan de la retraite, ces pensions jouent un rôle clé dans la validation de trimestres assimilés.

Pendant toute la durée de versement d’une pension d’invalidité, vous validez en principe un trimestre pour chaque période de 90 jours. Là encore, la limite de 4 trimestres par an s’applique. Ces trimestres assimilés s’ajoutent à vos éventuels trimestres cotisés si vous cumulez, par exemple, une activité à temps partiel et une pension d’invalidité de catégorie 1. Cette situation est fréquente pour les assurés qui reprennent un travail aménagé.

Il faut également savoir que, sous certaines conditions, la pension d’invalidité est remplacée automatiquement par une pension de retraite à 62 ans (ou à l’âge légal applicable selon votre génération), souvent liquidée à taux plein. Les trimestres validés au titre de l’invalidité sont alors pris en compte dans votre durée d’assurance. On peut voir cette période d’invalidité comme un « pont » entre votre fin de vie professionnelle et votre retraite, qui sécurise vos droits sans exiger de cotisations supplémentaires.

Les accidents du travail et maladies professionnelles reconnus par la CARSAT

Les accidents du travail (AT) et maladies professionnelles (MP) bénéficient d’un traitement spécifique en matière de protection sociale. Lorsqu’un accident ou une pathologie liée à votre activité professionnelle est reconnu par la CPAM et la CARSAT, vous pouvez percevoir à la fois des indemnités journalières AT/MP et, à plus long terme, une rente pour incapacité permanente. Ces prestations ouvrent des droits particuliers pour votre retraite.

Pour la phase d’arrêt de travail indemnisé, la règle générale d’un trimestre tous les 60 jours s’applique (il s’agit toujours d’indemnités journalières versées par la Sécurité sociale). En cas d’incapacité permanente avec un taux au moins égal à 66 %, chaque trimestre au cours duquel vous percevez une rente AT/MP est validé comme trimestre assimilé. Cela peut représenter un volume de trimestres important lorsque les séquelles d’un accident du travail vous empêchent de reprendre une activité normale pendant plusieurs années.

Par ailleurs, un taux d’incapacité permanent d’au moins 50 % peut, sous conditions, ouvrir droit à une retraite anticipée pour incapacité permanente, généralement liquidée à taux plein. Cette possibilité est particulièrement importante pour les assurés qui, à la suite d’un accident professionnel, ne peuvent plus se maintenir en emploi jusqu’à l’âge légal. Là encore, il s’agit d’un mécanisme destiné à éviter une double peine : la perte de santé et la perte de droits retraite.

Le mécanisme de comptabilisation des trimestres assimilés maladie au relevé de carrière

Comprendre la théorie, c’est bien ; vérifier concrètement que vos arrêts maladie figurent sur votre relevé de carrière, c’est encore mieux. Le système d’échange d’informations entre l’Assurance Maladie et les caisses de retraite fonctionne en grande partie de manière automatique, mais il peut arriver que certaines périodes ne soient pas correctement enregistrées. Pour éviter les mauvaises surprises à quelques années du départ en retraite, il est recommandé de vérifier régulièrement votre situation.

L’inscription automatique des périodes d’arrêt sur le compte retraite CNAV

Lorsque vous êtes en arrêt maladie indemnisé, vos informations (date de début et de fin d’arrêt, nombre de jours indemnisés, type de prestation) sont transmises par la CPAM à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) ou à la CARSAT dont vous dépendez. Sur cette base, la CNAV calcule le nombre de trimestres assimilés à inscrire sur votre relevé de carrière. L’opération est en principe automatisée et ne nécessite aucune démarche de votre part.

Les trimestres ainsi validés apparaissent généralement sous la mention « maladie », « invalidité » ou « accident du travail » selon les cas, et se distinguent ainsi des trimestres cotisés issus de votre activité salariée. Il peut y avoir un décalage de plusieurs mois entre la fin de votre arrêt et la mise à jour effective de votre relevé, ce qui est normal. C’est pourquoi, si vous consultez votre relevé juste après une longue période d’arrêt, certains trimestres peuvent encore ne pas apparaître.

En pratique, il est conseillé de consulter votre compte individuel retraite tous les 2 à 3 ans, et systématiquement après une période d’arrêt prolongé (plus de 3 ou 4 mois). Vous pourrez ainsi détecter tôt d’éventuelles anomalies et engager des démarches de régularisation, plutôt que de découvrir un manque de trimestres au moment de demander la liquidation de vos droits.

La déclaration des indemnités journalières par l’assurance maladie aux caisses de retraite

Le lien entre arrêts maladie et trimestres assimilés repose sur la déclaration des indemnités journalières par l’Assurance Maladie. À chaque arrêt indemnisé, la CPAM enregistre le nombre de jours donnant lieu à versement d’IJ et transmet périodiquement ces données aux organismes de retraite. C’est sur la base de ce nombre de jours que sont calculés vos trimestres : 60 jours pour un trimestre maladie, 90 jours pour un trimestre d’invalidité.

Ce mécanisme peut s’apparenter à une « passerelle » d’informations entre deux systèmes informatiques : le régime maladie d’un côté, le régime vieillesse de l’autre. Si un élément fait défaut (erreur d’enregistrement, changement de caisse, déménagement, etc.), il est possible que certaines périodes ne remontent pas correctement. C’est pourquoi il est recommandé de conserver vos relevés d’indemnités journalières, attestations de paiement et décisions de mise en invalidité pendant au moins 8 ans, durée pendant laquelle l’Assurance Maladie garde trace de ces documents.

En cas d’oubli ou d’erreur, ces justificatifs vous permettront de prouver que vous avez bien été indemnisé pendant une période donnée. Vous pourrez alors demander à votre caisse de retraite la réinscription ou la correction des trimestres manquants, en fournissant les pièces utiles. Sans ces preuves, la régularisation pourra être plus longue, voire parfois difficile.

Le plafond annuel de quatre trimestres maximum validables en arrêt maladie

Comme pour les périodes travaillées, la validation de trimestres au titre de la maladie est soumise à une règle incontournable : vous ne pouvez pas dépasser 4 trimestres par an, tous motifs confondus. Cela signifie que si vous avez déjà validé 4 trimestres grâce à votre activité salariée (par vos salaires), vos arrêts maladie sur la même année ne vous rapporteront pas de trimestres supplémentaires, même s’ils sont indemnisés.

Inversement, si vous n’avez travaillé qu’une partie de l’année et que vous tombez malade le reste du temps, vos périodes d’indemnisation viendront compléter vos trimestres jusqu’au maximum de 4. C’est un système de vases communicants : l’objectif est de vous garantir une continuité de droits, sans vous permettre de « survalider » des années au-delà d’une année pleine. En pratique, cela protège également l’équilibre financier du régime de retraite.

Il est donc utile, dans une logique de préparation de la retraite, de visualiser année par année votre nombre de trimestres validés (cotisés + assimilés) pour vérifier que vous atteignez bien 4 trimestres. Si certaines années présentent moins de 4 trimestres, vous pourrez anticiper un éventuel décalage de l’âge de départ pour atteindre le taux plein, ou envisager des solutions complémentaires (rachat de trimestres, cumul emploi-retraite, épargne retraite, etc.).

Les spécificités du décompte des trimestres maladie selon les régimes de retraite

Si les règles décrites jusqu’ici concernent principalement le régime général des salariés du privé et les régimes alignés, chaque régime de retraite possède ses particularités. Les fonctionnaires titulaires, les travailleurs indépendants, les professions libérales ou encore les agriculteurs ne sont pas traités exactement de la même manière en cas d’arrêt maladie. Comprendre ces nuances est indispensable pour ne pas transposer à tort la logique du privé à d’autres statuts.

Pour les fonctionnaires titulaires de l’État, territoriaux ou hospitaliers affiliés à la CNRACL ou au SRE, la pension de retraite se calcule sur la base du dernier traitement indiciaire brut des 6 derniers mois, et non sur un salaire annuel moyen. Autrement dit, une période de congé maladie ordinaire à demi-traitement en fin de carrière n’a pas d’impact direct sur le traitement indiciaire retenu pour le calcul de la pension. Les droits à avancement et à retraite continuent de courir comme si l’agent était resté en position d’activité, ce qui protège fortement les fonctionnaires face à la maladie.

Pour les travailleurs indépendants (artisans, commerçants, micro-entrepreneurs) et les professions libérales, la validation de trimestres pendant la maladie dépend de leur régime d’affiliation. Les indépendants relevant de la Sécurité sociale des indépendants (régime désormais intégré au régime général) bénéficient de règles proches de celles des salariés : leurs arrêts maladie indemnisés peuvent valider des trimestres assimilés. En revanche, dans certains régimes professionnels de libéraux, la couverture en cas de maladie ou d’invalidité repose davantage sur des dispositifs de prévoyance complémentaires, et la validation de trimestres peut être plus limitée.

Les exploitants agricoles, affiliés à la MSA, disposent encore d’un cadre spécifique, même si des convergences existent avec le régime général. Dans tous les cas, si vous n’êtes pas salarié du privé, il est vivement conseillé de consulter votre caisse de retraite ou un conseiller spécialisé pour connaître précisément l’effet de vos arrêts maladie sur le décompte de vos trimestres. Les grandes lignes restent similaires (prise en compte des interruptions involontaires d’activité), mais les modalités pratiques peuvent varier sensiblement.

Les démarches de régularisation et de vérification du nombre de trimestres maladie validés

Un bon suivi de votre carrière retraite passe par une vérification régulière des trimestres validés, qu’ils soient cotisés ou assimilés. Les arrêts maladie, surtout lorsqu’ils sont anciens ou multiples, sont parfois mal enregistrés ou partiellement pris en compte. Pour ne pas en faire les frais au moment de votre départ, il est essentiel de savoir comment contrôler vos droits et, si nécessaire, les faire corriger.

La consultation du relevé de carrière sur le site lassuranceretraite.fr

Pour les assurés du régime général, la première étape consiste à consulter votre relevé de carrière en ligne. En vous connectant sur le site lassuranceretraite.fr ou via le portail commun info-retraite.fr, vous accédez à votre relevé actualisé, qui récapitule année par année vos salaires reportés et vos trimestres validés.

Les périodes d’arrêt maladie y figurent généralement sous forme de mentions spécifiques (maladie, invalidité, accident du travail, etc.), sans montant de salaire associé. En parcourant votre relevé, vous pouvez vérifier si les années où vous avez été en arrêt prolongé comportent bien le nombre de trimestres attendus. Si vous avez par exemple été en arrêt indemnisé 8 mois, vous devriez voir apparaître 4 trimestres (sous réserve qu’aucun autre type de trimestre n’ait déjà saturé l’année).

Il est judicieux de réaliser cette vérification dès 45 ans (lorsque vous recevez votre Relevé de Situation Individuelle) puis régulièrement par la suite, notamment après chaque événement majeur : longue maladie, passage en invalidité, accident du travail avec séquelles, etc. Plus vous anticipez, plus il sera facile de corriger les erreurs éventuelles.

Les procédures de réclamation auprès de la CARSAT en cas d’anomalie de décompte

Vous constatez des incohérences sur votre relevé de carrière (trimestres maladie manquants, années incomplètes, mention erronée) ? Vous pouvez alors engager une demande de régularisation auprès de votre CARSAT (ou de la CNAV pour l’Île-de-France). Cette démarche peut se faire en ligne, par courrier ou sur rendez-vous en agence, en expliquant précisément l’anomalie constatée.

Dans votre réclamation, il est utile de mentionner les périodes exactes d’arrêt de travail concernées (dates de début et de fin), le type de prestation perçue (indemnités journalières, pension d’invalidité, rente AT/MP) et le nombre de trimestres que vous pensez devoir valider. La caisse de retraite procédera alors à une étude de votre dossier, en lien si nécessaire avec l’Assurance Maladie, pour vérifier les informations et corriger votre relevé.

Les délais de traitement peuvent varier, mais il est préférable d’initier ces démarches plusieurs années avant votre projet de départ, afin de ne pas retarder la liquidation de vos droits. Gardez également à l’esprit que la caisse de retraite n’est pas tenue de régulariser au-delà de certains délais de prescription si vous ne fournissez pas les éléments nécessaires.

Les justificatifs à fournir pour faire reconnaître des périodes d’arrêt non enregistrées

Pour appuyer votre demande de correction, vous devrez fournir des justificatifs attestant de vos arrêts maladie et des indemnités perçues. Les documents les plus fréquemment demandés sont : les attestations de paiement d’indemnités journalières (CPAM), les notifications d’attribution et de renouvellement de pension d’invalidité, les décisions de reconnaissance d’accident du travail ou de maladie professionnelle, ainsi que les attestations de rente AT/MP.

Il peut également être utile de produire les arrêts de travail eux-mêmes (formulaires CERFA délivrés par votre médecin), surtout si les échanges de données entre la CPAM et la CNAV n’ont pas permis de retrouver l’intégralité de votre historique. Dans certains cas, votre employeur pourra également fournir des attestations confirmant les périodes d’absence pour maladie et les déclarations effectuées auprès de l’Assurance Maladie.

Comme l’Assurance Maladie ne conserve pas indéfiniment tous les détails de vos dossiers, il est vivement recommandé de télécharger et archiver régulièrement vos relevés d’indemnités et décisions administratives. On peut comparer ces documents à une « boîte noire » de votre parcours de santé et de travail : sans eux, la reconstitution de votre carrière pour la retraite devient beaucoup plus complexe.

L’impact des trimestres maladie sur le calcul de la pension et l’âge de départ en retraite

Au final, que changent concrètement vos trimestres maladie sur votre retraite ? Deux aspects sont à distinguer : le nombre de trimestres retenus pour déterminer votre taux et votre âge de départ à la retraite, et le montant de votre pension, calculé sur la base de vos meilleures années de revenu. Les trimestres assimilés maladie jouent un rôle favorable sur le premier volet, mais plus neutre, voire légèrement défavorable, sur le second.

Sur le plan de la durée d’assurance, les trimestres maladie vous permettent d’atteindre plus rapidement le nombre requis pour bénéficier du taux plein (entre 169 et 172 trimestres selon votre année de naissance). Ils peuvent également compter dans les conditions de départ anticipé pour carrière longue, même si ces périodes sont souvent plafonnées (par exemple, 4 trimestres maximum de maladie peuvent être pris en compte pour l’éligibilité à une carrière longue). Sans ces trimestres assimilés, de nombreux assurés seraient contraints de prolonger leur activité au-delà de l’âge envisagé.

En revanche, sur le plan du montant de la pension, les arrêts maladie prolongés ne génèrent pas de salaires de référence supplémentaires pour le calcul du salaire annuel moyen (25 meilleures années dans le régime général). Si une année marquée par un long arrêt maladie aurait normalement fait partie de vos 25 meilleures années de carrière, elle risque d’être exclue ou de diminuer la moyenne si vos salaires y sont faibles. C’est un peu comme si l’on remplaçait une année de « haut rendement » par une année moins favorable.

Pour limiter cet impact, il peut être pertinent, lorsque votre état de santé le permet, de prolonger légèrement votre activité après un arrêt de longue durée, afin de « compenser » par une ou deux années de bons revenus. Vous pouvez aussi envisager des dispositifs complémentaires (épargne retraite, assurance-vie, immobilier locatif, cumul emploi-retraite) pour sécuriser votre niveau de vie. Enfin, n’hésitez pas à utiliser les simulateurs en ligne proposés par l’Assurance retraite et les caisses complémentaires pour évaluer différents scénarios de départ et mesurer l’effet réel de vos arrêts maladie sur votre retraite.