# Comprendre la valeur du point retraite et son impact sur votre pension

La retraite représente une étape cruciale de votre vie professionnelle, et comprendre le mécanisme de calcul de votre future pension constitue un enjeu financier majeur. Le système français par points, appliqué notamment aux régimes complémentaires AGIRC-ARRCO, transforme vos cotisations annuelles en droits futurs selon des règles précises qui évoluent régulièrement. Chaque année, vous accumulez des points dont la valeur fluctue selon les décisions des partenaires sociaux et le contexte économique. Cette valeur détermine directement le montant mensuel que vous percevrez lors de votre départ en retraite. Pour anticiper sereinement cette transition et optimiser vos droits, vous devez maîtriser les paramètres qui influencent votre capital de points et sa conversion en pension.

Qu’est-ce que le point retraite dans les régimes AGIRC-ARRCO et CNAV

Le point retraite constitue l’unité de compte fondamentale des régimes de retraite complémentaire en France. Contrairement au régime de base de la CNAV (Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse) qui fonctionne en trimestres, les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO convertissent vos cotisations en points qui s’accumulent tout au long de votre carrière professionnelle. Ce système offre une lisibilité accrue de vos droits acquis, puisque vous pouvez suivre précisément l’évolution de votre capital de points année après année.

Le mécanisme de calcul par points dans le système français de retraite complémentaire

Le fonctionnement par points repose sur une logique simple : chaque euro cotisé vous permet d’acquérir un certain nombre de points, calculé en divisant le montant de vos cotisations par le prix d’achat du point en vigueur durant l’année concernée. Cette formule mathématique garantit la traçabilité de vos droits et permet d’ajuster automatiquement le système aux évolutions démographiques et économiques. Les cotisations sont prélevées sur votre salaire brut selon des tranches définies par rapport au plafond de la Sécurité sociale.

Pour 2025, le plafond annuel de la Sécurité sociale s’établit à 46 368 euros. La première tranche de cotisation, appelée T1, s’applique sur la partie de votre salaire allant jusqu’à ce plafond, avec un taux de cotisation de 7,87%. La seconde tranche, T2, concerne les revenus compris entre un et huit plafonds de la Sécurité sociale, soit jusqu’à 370 944 euros annuels, avec un taux de 21,59%. Ces cotisations sont réparties entre vous et votre employeur selon une clé de répartition de 40% à votre charge et 60% pour l’employeur.

Seule une partie de ces cotisations génère effectivement des points. Le taux de calcul des points s’élève à 6,20% pour la tranche 1 et 17% pour la tranche 2. La différence entre le taux de cotisation global et le taux de calcul des points finance la solidarité du régime, notamment les pensions de réversion et les droits gratuits accordés pendant les périodes de maladie ou de chômage.

La différence entre point ARRCO, point AGIRC et point retraite de base

Jusqu’au 31 décembre 2018, les salariés du secteur privé cotisaient à deux régimes distincts : l’ARRCO pour tous les salari

laient au régime AGIRC réservé aux cadres. L’ARRCO attribuait des points de retraite complémentaire à tous les salariés sur l’ensemble de leur salaire (dans la limite des plafonds), tandis que l’AGIRC couvrait la partie de rémunération des cadres au-delà du plafond de la Sécurité sociale. Depuis le 1er janvier 2019, ces deux régimes ont fusionné pour devenir l’AGIRC-ARRCO, avec un point unique.

Concrètement, vos anciens points ARRCO ont été repris à l’identique : 1 point ARRCO = 1 point AGIRC-ARRCO. Vos points AGIRC, eux, ont été convertis en points AGIRC-ARRCO selon une formule garantissant une équivalence exacte de vos droits. Vous n’avez donc rien perdu dans l’opération, même si la valeur faciale de vos points a changé. De leur côté, les droits de retraite de base (CNAV, MSA salariés…) ne sont pas exprimés en points AGIRC-ARRCO, mais en trimestres validés et en revenu annuel moyen.

Il est donc important de bien distinguer : d’un côté, le point de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, qui s’applique à l’ensemble des salariés du privé ; de l’autre, les droits de base de la CNAV, qui reposent sur une autre logique (trimestres + 25 meilleures années). Les deux régimes se complètent et seront additionnés pour déterminer votre pension totale au moment de votre départ en retraite.

L’évolution historique de la valeur du point depuis la fusion AGIRC-ARRCO en 2019

Depuis la création du régime unifié AGIRC-ARRCO en 2019, la valeur de service du point et la valeur d’achat du point font l’objet de décisions annuelles des partenaires sociaux. L’objectif : adapter le système à la fois à l’évolution des salaires, à l’inflation et à la situation financière du régime. Entre 2019 et 2022, par exemple, les revalorisations ont été prudentes, parfois inférieures à l’inflation, afin de maintenir l’équilibre du régime complémentaire.

La crise sanitaire a également pesé sur la dynamique de revalorisation. En 2021, la valeur d’achat du point a été temporairement gelée pour tenir compte de la baisse des salaires moyens liée au recours massif à l’activité partielle. Depuis 2022, la tendance est repartie à la hausse : la valeur d’achat du point et la valeur de service ont été rehaussées en suivant plus étroitement l’évolution du salaire annuel moyen des cotisants.

Au 1er novembre 2024, la valeur de service du point AGIRC-ARRCO a été fixée à 1,4386 €, en hausse de 1,6 %. En parallèle, la valeur d’achat du point (ou « salaire de référence ») a été portée à 20,1877 € pour 2025 et 2026. Ces paramètres conditionnent à la fois le nombre de points que vous acquérez chaque année et le montant de votre retraite complémentaire une fois vos droits liquidés.

Le prix d’achat du point versus la valeur de service du point

Deux notions essentielles coexistent dans le système de retraite complémentaire par points : le prix d’achat du point et la valeur de service du pointconvertir vos cotisations en points pendant votre carrière, tandis que la valeur de service sert à transformer vos points en euros au moment de la retraite.

Le prix d’achat du point correspond au montant de cotisations (part salarié + part employeur) qui permet d’acquérir un point de retraite. Plus ce prix augmente, moins vous obtenez de points pour un même niveau de cotisation. À l’inverse, la valeur de service du point représente la somme brute annuelle que vous percevez pour chaque point détenu. En 2026, par exemple, la valeur de service reste fixée à 1,4386 € par point et par an (sous réserve de nouvelles décisions), ce qui signifie que 1 000 points se traduisent par 1 438,60 € bruts de retraite complémentaire par an.

On peut comparer ce mécanisme à un programme de fidélité : le prix d’achat du point correspondrait au nombre d’euros dépensés pour obtenir un « point fidélité », alors que la valeur de service du point représenterait la valeur en euros de chaque point au moment de l’utiliser. Comprendre ce double mécanisme vous permet de mieux apprécier le rendement global de vos cotisations de retraite complémentaire.

Comment calculer précisément le nombre de points acquis durant votre carrière

La formule de conversion des cotisations en points de retraite

Pour connaître le nombre de points AGIRC-ARRCO acquis au cours d’une année, il faut distinguer le taux de cotisation figurant sur votre bulletin de paie du taux de calcul des points. Le premier inclut un « taux d’appel » de 127 %, destiné à financer la solidarité du régime, tandis que le second sert uniquement à déterminer vos droits en points.

La formule de conversion, telle qu’appliquée au régime AGIRC-ARRCO, est la suivante :

Nombre de points = (Assiette de cotisation × Taux de calcul des points) / Valeur d’achat du point

L’assiette de cotisation correspond à votre rémunération brute soumise à cotisations, ventilée en deux tranches :

  • Tranche 1 : de 0 à 1 plafond annuel de la Sécurité sociale (jusqu’à 48 060 € en 2026).
  • Tranche 2 : de 1 à 8 plafonds annuels de la Sécurité sociale (jusqu’à 384 480 € en 2026).

En 2026, le taux de calcul des points est fixé à 6,20 % pour la tranche 1 et 17 % pour la tranche 2. La valeur d’achat du point (salaire de référence) est, quant à elle, fixée à 20,1877 €. Pour chaque tranche, vous appliquez la formule, puis vous additionnez les points obtenus. Cette méthode vous permet de vérifier, à partir de votre salaire annuel brut, le volume de points que vous devriez retrouver sur votre relevé de carrière AGIRC-ARRCO.

Le taux d’acquisition selon votre statut professionnel : cadre, non-cadre, fonctionnaire

Le système de points ne s’applique pas de la même manière selon que vous êtes salarié du privé, cadre, non-cadre ou encore fonctionnaire. Dans le secteur privé, depuis 2019, cadres et non-cadres cotisent tous au même régime complémentaire AGIRC-ARRCO, mais les montants de cotisations, et donc de points acquis, restent directement proportionnels à votre niveau de rémunération.

Un salarié non-cadre dont le salaire reste proche du plafond de la Sécurité sociale n’acquiert des points que sur la tranche 1. Un cadre, en revanche, voit une partie de sa rémunération basculer en tranche 2 (entre 1 et 8 plafonds), sur laquelle s’applique un taux de calcul des points plus élevé (17 %). À salaire annuel plus important, le cadre accumule mécaniquement davantage de points de retraite complémentaire, ce qui explique les écarts de pension observés à la retraite.

Pour les fonctionnaires et les agents relevant de régimes spéciaux (SNCF, RATP, IEG, etc.), la logique dominante n’est pas celle du point AGIRC-ARRCO, mais celle de la pension en pourcentage du dernier traitement (jusqu’à 75 % du traitement indiciaire pour un fonctionnaire à taux plein). En revanche, certains fonctionnaires (fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière) cotisent en plus à des systèmes à points complémentaires, comme la RAFP (Retraite additionnelle de la fonction publique), qui fonctionne avec sa propre valeur de point et ses propres règles d’acquisition.

L’impact des majorations familiales sur votre capital de points

Les enfants ont un impact non négligeable sur votre future pension, tant dans les régimes de base que dans les régimes complémentaires. Dans le système AGIRC-ARRCO, deux types de dispositifs existent : les majorations familiales appliquées sur le montant de la pension et les points gratuits éventuellement attribués dans certaines situations (congé parental, périodes d’interruption de carrière pour élever un enfant, etc.).

La règle la plus connue est la majoration pour enfants élevés : si vous avez eu ou élevé au moins trois enfants, votre retraite complémentaire AGIRC-ARRCO est majorée d’un pourcentage de vos droits, avec des taux qui varient selon vos périodes de carrière. Cette majoration s’applique directement sur le montant calculé (nombre total de points × valeur du point), ce qui revient à « augmenter » virtuellement votre capital de points.

Par ailleurs, dans certains régimes complémentaires (Ircantec, Ircafex, régimes des professions libérales), les enfants peuvent donner droit à des points supplémentaires avant même la liquidation de vos droits. Il est donc essentiel de vérifier, sur votre relevé de carrière et auprès de vos caisses, que toutes vos périodes d’interruption ou de réduction d’activité liées à la parentalité (congé maternité, congé de présence parentale, congé d’adoption, etc.) ont bien été prises en compte pour l’attribution de points gratuits ou de majorations.

Les trimestres assimilés et leur conversion en points de retraite

Les trimestres assimilés correspondent à des périodes pendant lesquelles vous n’avez pas ou peu cotisé, mais qui sont tout de même prises en compte pour la retraite de base (chômage indemnisé, maladie, maternité, invalidité, service national…). Ces périodes ne génèrent pas directement de points de retraite complémentaire via vos propres cotisations, mais peuvent ouvrir droit à des points gratuits dans les régimes complémentaires.

Par exemple, les périodes de chômage indemnisé (ARE, ASP, ASS) donnent lieu à l’attribution de points AGIRC-ARRCO financés par la solidarité du régime. De même, un arrêt de travail pour maladie, maternité ou accident du travail de plus de 60 jours consécutifs peut générer des points sans cotisations supplémentaires pour le salarié. Ces points « assimilés » sont calculés à partir d’une assiette de référence déterminée par votre salaire antérieur ou vos allocations.

La conversion des trimestres assimilés en points n’est donc pas systématique ni automatique : elle dépend de la nature de la période et des règles de chaque régime. C’est pourquoi il est fortement recommandé de contrôler régulièrement votre relevé individuel de situation et votre relevé de points AGIRC-ARRCO, afin de vérifier que l’ensemble de vos périodes non travaillées mais indemnisées ont bien été prises en compte. En cas d’oubli ou d’anomalie, vous pouvez demander une correction de carrière, notamment via le portail Info-Retraite à partir de 55 ans.

La revalorisation annuelle de la valeur du point et son indexation

Les critères de revalorisation fixés par les partenaires sociaux

Chaque année, les partenaires sociaux (organisations syndicales et patronales) négocient la revalorisation de la valeur de service du point AGIRC-ARRCO. Cette décision s’appuie sur plusieurs critères : l’évolution du salaire annuel moyen des cotisants au régime, la situation économique générale, les projections démographiques et la santé financière du régime complémentaire.

Depuis l’accord national interprofessionnel du 5 novembre 2023, une règle de pilotage fixe que la valeur d’achat du point évolue, de 2024 à 2026, comme le salaire annuel moyen des actifs relevant du régime. L’idée est de maintenir un lien étroit entre la dynamique des salaires et celle des droits à retraite, pour garantir une certaine équité entre générations d’actifs et de retraités.

Les partenaires sociaux peuvent toutefois s’accorder sur des ajustements à la marge, par exemple en appliquant un « facteur de soutenabilité » ou en limitant une revalorisation trop forte en cas de tension financière. Ces arbitrages expliquent pourquoi la valeur du point AGIRC-ARRCO ne suit pas toujours exactement les mêmes courbes que les salaires ou l’inflation.

L’inflation et son influence sur l’ajustement de la valeur du point AGIRC-ARRCO

L’inflation joue un rôle central dans la perception que vous avez de votre retraite : même si le nombre de points acquis reste le même, une inflation élevée peut éroder rapidement le pouvoir d’achat de votre pension. Les gestionnaires des régimes de retraite doivent donc tenir compte de l’évolution des prix à la consommation lorsqu’ils décident de la revalorisation du point.

Cependant, l’AGIRC-ARRCO n’est pas strictement indexée sur l’inflation. Dans certaines périodes, notamment en cas de forte hausse des prix et de contraintes budgétaires, la revalorisation de la valeur de service du point peut être inférieure à l’inflation. Autrement dit, vos pensions progressent, mais moins vite que le coût de la vie, ce qui se traduit par une perte de pouvoir d’achat à long terme.

À l’inverse, en période de croissance économique et de bonne santé financière du régime, les partenaires sociaux peuvent décider de revalorisations plus dynamiques, permettant parfois de « rattraper » partiellement les écarts passés. C’est un peu comme un thermostat : les paramètres sont ajustés chaque année pour garder le système à l’équilibre, même si la température ressentie par les retraités varie selon le contexte.

Comparaison entre l’évolution du point retraite et l’indice des prix à la consommation

Si l’on compare sur plusieurs années l’évolution de la valeur de service du point AGIRC-ARRCO et celle de l’indice des prix à la consommation (IPC), on constate des écarts parfois significatifs. Certaines périodes voient une quasi-indexation des pensions sur l’IPC, tandis que d’autres périodes, marquées par des contraintes financières ou des crises économiques, affichent une progression plus modérée de la valeur du point.

Pour vous, futur retraité, l’enjeu est de comprendre que votre capital de points n’est pas figé en euros constants : sa conversion en pension dépend chaque année des décisions de revalorisation. Une stratégie de préparation de la retraite doit donc intégrer cette incertitude, par exemple en complétant vos droits obligatoires par une épargne personnelle (PER, assurance vie, immobilier locatif, etc.).

En pratique, suivre régulièrement les communiqués AGIRC-ARRCO et les mises à jour des valeurs de points vous permet d’ajuster vos projections. Vous pouvez, par exemple, réaliser deux scénarios : un scénario « prudent » avec une revalorisation inférieure à l’inflation, et un scénario « neutre » où la valeur du point suit de près l’IPC. Cela vous donne une fourchette réaliste de votre future pension complémentaire.

Le simulateur m@rel et les outils de calcul de votre pension future

Pour vous aider à y voir plus clair, les pouvoirs publics et les régimes de retraite mettent à votre disposition plusieurs simulateurs officiels. Le plus connu est le simulateur M@rel (pour « Ma retraite en ligne »), accessible depuis votre compte retraite sur le portail Info-Retraite. Cet outil agrège automatiquement les données de l’ensemble de vos régimes (CNAV, AGIRC-ARRCO, régimes spéciaux, professions libérales, etc.).

En quelques clics, vous pouvez simuler différents âges de départ et observer l’impact sur le montant de votre retraite globale, y compris votre retraite complémentaire par points. Le simulateur tient compte des hypothèses de revalorisation des points, des paramètres légaux (âge légal, durée d’assurance, âge du taux plein automatique) et de votre trajectoire de carrière.

Parallèlement, l’espace personnel AGIRC-ARRCO met à disposition des estimations individuelles et des relevés de points détaillés. Vous pouvez ainsi comparer les résultats de M@rel avec ceux de votre caisse complémentaire, affiner vos hypothèses de fin de carrière (temps partiel, augmentation, changement de poste) et mieux anticiper l’impact de vos choix sur votre future pension. Ces outils constituent un véritable « tableau de bord » de votre retraite à points.

Les stratégies d’optimisation de votre capital de points avant la liquidation

Le rachat de trimestres et son impact sur vos points de retraite

Le rachat de trimestres concerne en premier lieu la retraite de base (CNAV, MSA, régimes des indépendants), mais ses effets se répercutent aussi sur votre retraite complémentaire. En rachetant des périodes d’études supérieures ou des années incomplètes, vous pouvez atteindre plus rapidement le taux plein dans le régime de base et ainsi éviter des coefficients de minoration sur certaines retraites complémentaires.

Le régime AGIRC-ARRCO propose par ailleurs un rachat spécifique de points pour les années d’études supérieures et les années incomplètes. Vous pouvez acquérir jusqu’à 140 points par année concernée, dans la limite de 3 années, selon un coût calculé en fonction de votre âge et de la valeur du point au moment du rachat. La formule est la suivante :

Coût du rachat = Nombre de points × Valeur du point AGIRC-ARRCO × Coefficient d’âge

En 2025, la valeur de service du point est de 1,4386 €. Les sommes versées pour un rachat de points peuvent, sous conditions, être déductibles de votre revenu imposable, ce qui améliore encore la rentabilité de l’opération. Pour savoir si un rachat est intéressant dans votre cas, il est recommandé d’effectuer une simulation sur plusieurs années en tenant compte de votre espérance de vie, de votre tranche marginale d’imposition et des hypothèses de revalorisation des points.

La surcote : bonification de la valeur de vos points en cas de départ différé

Travailler au-delà de l’âge légal de départ à la retraite peut vous permettre de bénéficier d’une surcote sur votre pension de base, mais aussi, indirectement, d’optimiser votre retraite complémentaire. En poursuivant votre activité après avoir réuni le nombre de trimestres requis pour le taux plein, vous continuez à acquérir des points AGIRC-ARRCO, et ce sur des salaires souvent plus élevés en fin de carrière.

Dans les régimes de base (CNAV, MSA salariés, etc.), la surcote s’élève à 1,25 % par trimestre supplémentaire au-delà de l’âge légal, ce qui augmente le montant de votre pension de base de manière définitive. Même si l’AGIRC-ARRCO ne prévoit pas de surcote automatique sur la valeur du point, le fait de décaler votre départ a un double effet positif : davantage de points accumulés et une durée de versement potentiellement plus courte, ce qui améliore le « rendement » global de votre capital de points.

On peut comparer cette stratégie à un investissement que l’on laisse fructifier plus longtemps : plus vous cotisez tard, plus votre « stock » de points grossit, et plus le montant de votre pension complémentaire sera élevé. Bien sûr, ce choix doit être mis en balance avec votre état de santé, vos envies personnelles et la pénibilité éventuelle de votre métier.

Les coefficients de minoration temporaire et définitive selon l’âge de départ

À l’inverse, un départ anticipé peut entraîner l’application de coefficients de minoration sur vos pensions, tant de base que complémentaires. Dans le régime AGIRC-ARRCO, plusieurs mécanismes coexistent : la minoration définitive liée à l’absence de taux plein dans la retraite de base et, pour certaines générations, le coefficient de solidarité (minoration temporaire de la pension complémentaire si vous partez dès que vous remplissez les conditions du taux plein).

Si vous n’avez pas tous vos trimestres pour le taux plein au moment de votre départ, votre retraite complémentaire est diminuée selon un coefficient de minoration dépendant soit de votre âge, soit du nombre de trimestres manquants. Ce coefficient est définitif : il s’applique à vie sur le montant brut de votre pension complémentaire, ce qui représente un enjeu financier majeur.

Par ailleurs, pour certaines générations de salariés, un coefficient de solidarité peut réduire temporairement votre pension complémentaire (par exemple pendant 3 ans) si vous partez dès l’obtention du taux plein dans le régime de base. Reporter votre départ d’un an permet souvent d’éviter cette minoration temporaire. D’où l’importance de réaliser des simulations et de vous faire accompagner pour choisir le moment optimal de liquidation de vos droits.

Projection financière : convertir vos points en montant mensuel de pension

Une fois que vous avez une vision claire du nombre de points accumulés au cours de votre carrière, la dernière étape consiste à convertir ces points en euros. Le calcul est, en apparence, très simple : il suffit de multiplier votre nombre total de points AGIRC-ARRCO par la valeur de service du point en vigueur au moment de votre départ en retraite.

La formule est la suivante :

Montant annuel brut de la retraite complémentaire = Nombre total de points × Valeur du point AGIRC-ARRCO

Avec une valeur de point fixée à 1,4386 €, un salarié disposant de 3 000 points perçoit ainsi 4 315,80 € bruts par an, soit environ 359,65 € bruts par mois. Si vous avez 10 000 points, votre retraite complémentaire s’élève à 14 386 € bruts par an, soit près de 1 199 € bruts par mois. À ce montant peuvent s’ajouter, le cas échéant, des majorations pour enfants ou d’autres compléments (pension de réversion, retraite additionnelle, etc.).

Pour affiner votre projection, il est utile d’intégrer les autres composantes de votre retraite : pension de base (CNAV, MSA, régimes des indépendants), éventuelles retraites supplémentaires (PER, article 83, contrats Madelin) et patrimoine personnel. Posez-vous la question suivante : « Le total de ces revenus couvrira-t-il le niveau de vie que je souhaite maintenir à la retraite ? ». Si la réponse est non, vous avez encore la possibilité d’ajuster vos choix de carrière, de rachat, d’épargne ou d’âge de départ.

En définitive, comprendre la valeur du point retraite et son impact sur votre pension, c’est reprendre la main sur votre avenir financier. En combinant une bonne lecture de vos relevés de points, l’utilisation des simulateurs officiels et, si besoin, l’accompagnement d’un conseiller, vous pouvez transformer un système complexe en véritable levier d’anticipation et de sérénité pour votre retraite.